mercredi 19 décembre 2012

Vive l'apocalypse...


Le temps est venu d'arrêter de tricher

Décembre 2012 : le mois de tous les dangers. Nous y voilà arrivés. La première fois que j'ai entendu parler de cette date fatidique, c'était en 1999. Je venais de mettre un terme à ma carrière de chirurgien et j'avais le projet d'écrire un roman dont l'action se situait entre Paris, Londres, la Californie et la forêt guatémaltèque. Le synopsis mettait en scène une jeune femme inspecteur de police, séduisante et intrépide, confrontée à une secte millénariste qui prédisait la fin du monde pour le 20/12/2012. J'espérais à travers ce thriller esotérico-philosophique partager une réflexion à propos de l'évolution de notre civilisation. Malheureusement, en voulant exposer mes idées, je n'avais pas laissé suffisamment de place à mes personnages. De l'avis de plusieurs éditeurs, mon texte n'était pas assez romanesque. J'aurais mieux fait d'écrire un essai.

Les recherches que j'effectuai alors m'amenèrent à consulter une série de documents selon lesquels le calendrier maya prophétisait la fin du monde pour le 20/12/2012. À l'époque, j'étais loin d'imaginer que cette information susciterait autant de passions et ferait la fortune de nombreux auteurs et cinéastes habitués à surfer sur la vague des angoisses collectives. L'Apocalypse fait recette et ceux qui s'enrichissent sur son dos se gardent bien de nous dire qu'en réalité ce mot vient du grec apokalupsis qui signifie « la révélation », qui vient du verbe apokaluptein : découvrir, dévoiler, révéler. Ainsi, contrairement à ce qu'annoncent ces prophètes et ces devins du malheur, il ne faut pas redouter la fin du monde mais plutôt espérer le commencement d'un monde. Un nouveau monde que, intuitivement, nous sentons poindre à l'horizon de l'histoire. Un monde que, secrètement, nous espérons voir émerger du chaos dans lequel nous avons l'impression de nous enfoncer un peu plus chaque jour.

Avec le recul, je me dis que j'aurais peut-être dû faire l'effort de réécrire mon roman (un roman que j'avais intitulé Deux mille douze). Car j'y développais une idée qui me paraît importante tant pour l'épanouissement personnel de chacun d'entre nous que pour la survie collective de nos sociétés contemporaines : l'harmonie et le bonheur, la santé et la longévité impliquent de ne pas tricher. Il s'agit donc d'être cohérent, de dire ce que l'on pense et de faire ce que l'on dit. Cela demande de se dévoiler, de se révéler, de ne pas trahir la partie la plus essentielle de soi, d'être vrai avec soi-même et avec les autres, de vivre avec une intention apocalyptique. Lorsque j'écoute les patients qui me confient les drames de leur existence, lorsque j'examine mes propres difficultés, lorsque j'analyse les crises écologiques, sociales ou financières qui font les gros titres de nos journaux, je constate que, la plupart du temps, le chaos naît de la tricherie, de la trahison vis-à-vis de l'essentiel, des doubles discours, des intentions cachées, du manque de transparence, d'honnêteté et d'intégrité.

Comment espérer retrouver un peu de sérénité en continuant à vivre de la sorte ? Je ne vois pas d'autre solution que celle d'arrêter de tricher et de mettre notre cohérence ainsi retrouvée au service de l'essentiel. Je me réjouis donc de cette Apocalypse annoncée. Même si, renseignements pris, les prophéties attribuées aux Mayas ne sont pas aussi claires que certains l'affirment. Je vous souhaite une bonne fin d'année. Une joyeuse fin du monde.

Texte de Thierry Janssen, paru dans sa Newsletter reçue récemment...

En illstration : une image du très beau film L'Enfant et le Renard, car avec les animaux sauvages, on ne peut jamais tricher...