mercredi 5 septembre 2012

Crise et créativité





Une communauté végétarienne défie la crise grecque

Il y a deux ans, quand ils ont vu Panos Kantas et trois de ses amis débarquer d'Athènes pour lancer une communauté autosuffisante, vivre dans des yourtes et faire pousser leurs propres légumes, les habitants du village d'Aghios, sur l'île grecque d'Evia, au nord-est d'Athènes, n'ont pas caché leur surprise.

En Californie ou en Scandinavie, cette initiative n'aurait pas fait autant de bruit. Mais dans un pays où la question écologique n'existe qu'en ville, dans l'arrière-pays grec, très conservateur, elle a éveillé les soupçons des locaux et causé l'hilarité de beaucoup…

Aujourd'hui, ce sont les quatre amis qui rient.

Sur les flancs du Mont Telaithrion, ce groupe de jeunes Grecs a bien créé sa communauté autarcique loin de la ville et de son agitation commerciale.

Leur but est de ne manger que des produits de leurs propres cultures, de se libérer de la distribution électrique nationale et d'échanger ce qu'ils cultivent plutôt que de dépenser de l'argent. Le but ultime - se passer de cet argent - n'est pas encore atteint puisqu'il faut bien payer l'électricité ou la construction d'une structure destinée aux projets d'agrandissement de la communauté, sur un terrain voisin. Pourtant, si ce sont des yourtes qui ont été choisies pour vivre, c'est parce qu'il s'agit du seul habitat qui ne nécessitait pas un permis coûteux de la part des autorités locales.

Le projet a été pensé par quatre jeunes Athéniens qui se sont rencontrés sur Internet en 2008 autour de leur insatisfaction de la vie quotidienne en ville. C'est la deuxième année qu'ils vivent en permanence sur ce petit bout de terre boisée. 80% de la nourriture qu'ils consomment vient de leurs jardins de plantes et de légumes et des fruits qu'ils cueillent.

Presque tous les membres du groupe suivent un régime végétarien

Ils échangent au village le surplus de leurs récoltes contre le matériel qu'ils ne peuvent pas produire eux-mêmes.

Apostolos Sianos, le cofondateur du groupe, a 32 ans. Il a quitté son emploi bien payé de créateur de site web pour aider à démarrer la communauté, nommée «Libre et authentique» :

«La crise et les mesures d'austérité ne nous affectent pas en général, parce que nous créons notre propre vie et notre futur tous les jours, cela n'a rien à voir avec le monde extérieur. Cela aurait pu nous affecter, mais seulement positivement, parce que de plus en plus de gens veulent devenir auto-suffisants, donc ils nous contactent et de plus en plus de gens veulent s'investir depuis la crise

Le groupe utilise largement les médias sociaux

L'an dernier, plus d'une centaine de personnes de Grèce ont demandé à rejoindre la communauté ou proposé de collaborer d'une façon ou d'une autre.
Par exemple, Dionysis Papanikolaou a abandonné sa carrière académique pour être plus proche de la nature et loin de l'atmosphère de la crise financière en Grèce :« Si vous lisez les infos, regardez la télévision et la crise, la crise, la crise, même inconsciemment vous dites la crise ! Ici, il n'y a pas de crise, je veux dire, ça ne change rien

Cette communauté fait partie d'une série d'initiatives écologiques qui ont fleuri en même temps que la crise de la dette. « D'une façon générale, la crise a donné à beaucoup de gens l'occasion de changer leur façon de penser et d'essayer de s'organiser différemment », explique Theocharis Tsoutsos, professeur à l'université technique de Crète et qui étudie les projets à énergie renouvelable. « Par exemple faire les choses à une plus petite échelle, créer son propre jardin, ou essayer de promouvoir les enjeux écologiques à une petite échelle, ou promouvoir les initiatives agricoles à bas coût. »

Mais bien sûr, il y a les grincheux...

« Ils ne peuvent pas s'en sortir sans argent et avec juste un lopin de terre », estime Stathis Raxiotis, un agriculteur de 65 ans, en buvant son café dans le centre d'Aghios. « Nous sommes fermiers depuis des décennies », ajoute-t-il. « Nous avons des centaines d'arbres, énormément de terres, mais avec la crise, même nous, nous ne nous en sortons pas tous seuls. »

A Panagiotis Kantas, Cofondateur du mouvement, de conclure : «La réalité de la vie est à votre porte. Lorsque vous voulez vous réchauffez, vous devez aller chercher du bois dans la forêt et le ramener pour vous chauffer… J'essaie d'être le changement que je veux voir en ce monde, plutôt que d'attendre que le gouvernement fasse ce changement, plutôt que de voter pour quelqu'un qui fera ce changement. J'essaie d'être le changement

Repris depuis des articles de Deepa Babington et Lefteris Papadimas, et Agence Reuters.
Images depuis le site : http://terresacree.org/
Voir une vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=6hfS2VhRzqQ&feature=player_embedded