mercredi 13 juin 2012

Le septième continent... du plastique flottant !



Dans le Nord-est du pacifique, entre la Californie et Hawaï, les déchets produits par les activités humaines et déversés dans les océans sont acheminés par les courants marins vers un nouveau « continent »boulimique dont la taille atteint un tiers de l’Europe, ou six fois la superficie de la France !

En 1997, le capitaine Charles Moore a été le premier à découvrir cette zone improbable de l'océan Pacifique où les déchets plastiques flottants s'accumulent. Ainsi, selon des observations effectuées depuis plus de 15 ans, sous l'effet des courants marins, les déchets provenant des littoraux et des navires, flottent pendant des années avant de se concentrer dans deux larges zones connues sous les noms de « Plaque de déchets du Pacifique est » (Eastern Pacific Garbage Patches) et « Plaque de déchets du Pacifique ouest » (Western Pacific Garbage Patches). Ces deux plaques forment la « Grande plaque de déchets du Pacifique » (Great Pacific Garbage Patch), un monstre dont la taille aurait déjà triplé depuis les années 90 et qui s'étendrait maintenant sur 3,43 millions de km² !

Ainsi, depuis plus de 50 ans, les déchets tourbillonnent sous l'effet du « gyre» subtropical du Pacifique Nord (North Pacific Gyre) et s'accumulent dans cette zone peu connue : peu de routes commerciales et peu de bateaux de pêches l'empruntent. A l'image d'un puissant siphon marin, le vortex attire vers lui tous les résidus de notre société de surconsommation. Toutefois, contrairement au siphon, les déchets ne sont pas « aspirés » mais accumulés et bien visibles.

Le plastique : principal constituant de ce continent de déchets

Jusqu'alors les débris flottants étaient détruits par les micro-organismes mais cela n'est plus le cas avec l'arrivée du fameux plastique. En effet, les plastiques constituent 90 % des déchets flottant sur les océans. Ce continent de déchets plastique ressemble davantage à une soupe de plastique constitué de macro déchets épars, de petits éléments invisibles sans une fine observation. C'est en filtrant l'eau que l'on découvre une mixture composée de petits morceaux de plastique qui se sont fractionnés mais aussi des granulés de plastique qui sont utilisés comme matière secondaire pour fabriquer les objets en plastique.

En certains endroits, la quantité de plastique dans l'eau de mer est jusqu'à 10 fois supérieure à celle du plancton, maillon élémentaire de la vie dans les océans ! On parle alors de « plancton plastique »… Selon Greenpeace, sur les 100 millions de tonnes de plastique produits chaque année, près de 10 % finissent dans les océans. Et 70 % des plastiques qui s'aventurent en mer coule et le reste flotte naviguant au grès des courants...

Un nouveau continent mortel

Ce qui pose problème c'est le temps nécessaire à la dégradation de ces plastiques : estimé entre 500 et 1000 ans. Et la toxicité des éléments qui les composent. L'exemple le plus classique, et le plus voyant, étant la tortue qui s'étouffe avec des sacs plastiques assimilés à des méduses.

Mais avec de telles concentrations de plastique, c'est toute la chaîne alimentaire est affectée puisque les plus petits morceaux sont ingérés par des oiseaux, de petits poissons qui seront à leur tour mangés par de plus gros... Ainsi, Greenpeace estime qu'à l'échelle de la Terre, environ 1 million d'oiseaux et 100 000 mammifères marins meurent chaque année de l'ingestion de plastiques.

Selon des scientifiques américains de l'Institut Océanographique Scripps, 1 poisson sur 10 ingère du plastique dans le Pacifique Nord, soit 24 000 tonnes de plastiques boulotées par les poissons chaque année dans cette zone. Rebecca Asch, chercheuse dans cet Institut, indique que « dans cette zone la plupart des morceaux de plastique sont très petits. Les déchets ont été dégradés par la lumière du soleil et les courants océaniques. Donc ça n'a rien à voir avec une bouteille ou un sac en plastique. Ce sont des tout petits morceaux de plastique de la taille d'un confetti. En fait ils ont la même taille que le plancton dont se nourrissent les poissons. C'est pour ça qu'ils mangent le plastique, c'est parce qu'ils le confondent avec du plancton. »

Ce continent mortel attire des animaux marins comme les pélicans et les tortues marines dont l'espérance de vie se trouve alors diminuée. Au total, plus de 267 espèces marines seraient affectées par cet amas colossal de déchets selon le rapport de Greenpeace.

Enfin, les débris de plastique fixent les polluants organiques persistants (POP), connus pour leur nocivité et leur capacité à voyager autour du globe. Ainsi, DDT et PCB se retrouvent dans des morceaux de plastique à des concentrations jusqu'à 1 million de fois supérieures aux normales !

Que pouvons-nous faire ?

Pas grand-chose ! Malheureusement, le nettoyage de cet océan de déchets semble insurmontable, la superficie à couvrir est trop importante et les coûts seraient colossaux.

En attendant d'avoir plus d'éléments corroborant l'ampleur de ce phénomène - notamment par des photos à grande échelle (aujourd'hui introuvables) sur les nappes de déchets plastiques - plusieurs missions ont été lancées à l'assaut du « continent de déchets ». Près de 15 ans après sa découverte, cette abomination colossale engendrée par nos activités semble enfin susciter l'intérêt.

Une fois de plus, la surconsommation serait à l'origine de dégradations dont l'ampleur dépasserait la fiction. Et ce n'est pas pour nous rassurer, mais toute l'agitation « verte » actuelle ne semble rien n'y changer... Plus que jamais, nous avons tous un rôle à jouer. Selon Marcus Eriksen, directeur de recherche et d'éducation à la Algalita Marine Research Foundation : « il n'y a rien que nous puissions faire maintenant, à l'exception de ne pas faire plus de mal. »

Les petites notes :
- Le terme continent est bien sûr exagéré, il faut sans doute plus y voir une concentration importante de déchets qui flottent et se regroupent sur une large zone dont la forme et la localisation précises varient au gré des courants.
- Un gyre est un gigantesque tourbillon d'eau formé d'un ensemble de courants marins et provoqué par la force de Coriolis. Le gyre subtropical du Pacifique Nord fait environ 22 200 km de circonférence pour une surface approximative de 3,4 millions de km² (CNES)

Sources : http://www.notre-planete.info/

Voir une vidéo sur ce nouveau « continent » : http://www.youtube.com/watch?v=TPevoumIWSY&feature=related

Un reportage sur le plastique en mer : http://www.youtube.com/watch?v=JwLfhpdi2e0&feature=related

Rappelons nous le Tsunami au Japon, la vague a emporté dans la mer le séultat de toutes les activités humaines : http://www.youtube.com/watch?v=ceym2c18OQM&feature=related