mercredi 23 mai 2012

Cannes : Sur la Route



Seuls les fous m’intéressent... Jack Kerouac

Le film est présenté en Sélection Officielle - Compétition au Festival de Cannes 2012.

L’histoire du film :

Au lendemain de la mort de son père, Sal Paradise, apprenti écrivain new-yorkais, rencontre Dean Moriarty, jeune ex-taulard au charme ravageur, marié à la très libre et très séduisante Marylou. Entre Sal et Dean, l’entente est immédiate et fusionnelle. Décidés à ne pas se laisser enfermer dans une vie trop étriquée, les deux amis rompent leurs attaches et prennent la route avec Marylou. Assoiffés de liberté, les trois jeunes gens partent à la rencontre du monde, des autres et d’eux-mêmes.

L’origine du film :

C’est l’adaptation tant attendue (entre autre par votre bloggeuse préférée) du roman de Jack Kerouac. Publié en 1957, le légendaire « Sur la Route » (On The Road) est certainement le plus connu des romans de Jack Kerouac. Il fut l'un des romans fondateurs de ce que Kerouac nomma lui même la « Beat Generation ». Ce roman raconte les aventures de l'auteur (nommé Sal Paradise) de manière quasi autobiographique et d'un compagnon de route, Neal Cassady (nommé Dean Moriarty). On y croise également les figures d’Allen Ginsberg (Carlo Marx) et de William Burroughs (Old Bull Lee).

Le film et le manuscrit, un véritable livre-objet :

Enfin adapté au cinéma, le texte culte de Jack Kerouac est exhibé pour la première fois en France. Retour sur le destin d'un rouleau de papier mythique.

Serait-ce parce que le tapis rouge du Palais des Festivals à Cannes prend parfois des airs de route vers les étoiles ? Toujours est-il que le Festival a eu la riche idée de sélectionner l'adaptation de Sur la Route dans sa programmation. Et autant le dire : l'événement n'est pas mince ! Réfractaire jusque-là au cinéma, le roman de Jack Kerouac attendait depuis longtemps de voir portées à l'écran les chevauchées de Sal Paradise et Dean Moriarty dans l'Amérique vagabonde, à la recherche de drogues, de sensations, et de liberté. Le film, à la fois fidèle à l'intrigue générale du livre et marqué par le regard personnel du réalisateur Walter Salles, sait capter la vitalité subversive de la Beat Generation, sans se complaire dans la béatification. « Sur la Route » au cinéma, c'est aussi la concrétisation d'un serpent de mer du septième art, régulièrement évoqué depuis que Francis Ford Coppola en avait acquis les droits en 1968. Et même plus loin encore si on se souvient que Kerouac avait envoyé, à peine le livre paru, une lettre à Marlon Brando pour lui proposer le rôle de Dean. Séduisante, la collaboration entre les deux mythes n'a jamais eu lieu.

De mythe, il est d'ailleurs souvent question lorsqu'on évoque « Sur la Route ». Il faut dire que Jack Kerouac lui-même y a contribué, en soutenant avoir écrit le roman en trois semaines, du 2 au 22 avril 1951, shooté à la Benzédrine et à la marijuana ! La réalité est à cet égard plus prosaïque. Comme Balzac avant lui, l'auteur a en fait carburé au café, ainsi qu'il le confiera en privé à Neal Cassady : « Rien ne vaut le café pour doper le mental ». Surtout, Kerouac a alors déjà passé plusieurs années à multiplier les ébauches du roman à venir. Dès le 23 août 1948, il en évoque la genèse dans son journal : « Sur la route, qui m'occupe l'esprit en permanence, est le roman de deux gars qui partent en Californie en auto-stop, à la recherche de quelque chose qu'ils ne trouvent pas vraiment, au bout du compte, qui se perdent sur la route, et reviennent à leur point de départ pleins d'espoir dans quelque chose d'autre. »

A l'époque, Kerouac n'a encore connu aucune des virées en Hudson Commodore avec Neal Cassady, qui feront plus tard le coeur du roman. Mais il sent déjà l'urgence d'écrire un livre sur la quête identitaire, la fuite nécessaire face à l'angoisse de la mort. Durant trois ans, il accumule les notes, hésite sur le choix des personnages, bat en brèche ses premiers textes au gré de ses expéditions transcontinentales. Finalement, au printemps 1951, il s'assied derrière son télétype et commence à taper. A toute vitesse, « exactement comme c'est arrivé ». En moyenne, 6 000 mots par jour de « prose spontanée ». Puis il scotche les feuilles (du papier-calque d'architecte) les unes aux autres, jusqu'à former un long ruban de lettres. Trente-six mètres de texte en tout que Kerouac porte bientôt chez son éditeur. Qui le refuse : « trop nouveau, trop insolite »…

Il faudra près de six ans et deux nouveaux manuscrits à Kerouac pour respecter « les normes légales de décence ». Accepter d'en édulcorer le contenu, de scalper les scènes les plus sulfureuses, de troquer son nom et celui de ses comparses. En septembre 1957, le roman peut enfin paraître chez Viking Press. Et les critiques sont cinglantes. « Ce n'est pas de l'écriture, c'est de la typographie », grince Truman Capote. Qu'importe : « Sur la Route » triomphe déjà auprès de la jeunesse américaine, qui y trouve la bible de sa révolte contre le puritanisme ambiant.

Las ! Malgré le succès planétaire du livre, il faudra attendre son cinquantième anniversaire pour que soit publiée, enfin, la version dite du « rouleau original » (désormais disponible en Folio). Et, avec elle, voir rendue au roman sa prose fiévreuse, cette frénésie propre à l'Amérique de James Dean, habitée par la fureur d'écrire. C'est ce texte incandescent qu'on peut retrouver, aujourd'hui, sur le mythique tapuscrit d'avril 1951, sans doute le plus célèbre au monde. L'un des plus chers aussi. En 2001, le Rouleau est acheté aux enchères par un businessman américain du nom de Jim Irsay, pour la bagatelle de 2,43 millions de dollars. Autant dire que sa venue en France, lors de l'exposition extraordinaire au Musée des Lettres et Manuscrits, a tout du rendez-vous incontournable. « S'il a voyagé aux Etats-Unis et en Angleterre au cours des dernières années, le rouleau n'avait encore jamais été présenté sur le sol français », se réjouit Estelle Gaudry, commissaire de l'événement. « C'est l'occasion de découvrir à la fois cet objet historique, mais aussi les influences et la façon de travailler de Kerouac sur ce livre ».

Jusqu'au 19 août 2012 sont ainsi présentés au grand public des manuscrits d'auteurs qui ont marqué Kerouac - dont Antonin Artaud, Marcel Proust ou Arthur Rimbaud. Sans oublier des éditions originales d'autres ouvrages fondateurs de la culture beat, dont le Howl d'Allen Ginsberg et le Junky de William S. Burroughs. Mais c'est bien le scroll qui reste la pièce maîtresse de cette exposition. Une route de papier sans paragraphes, un rectangle d'encre aussi droit que les motorways jadis empruntées par Kerouac. Du Rouleau, une dizaine de mètres sont visibles en vitrine. Soixante ans après, le voyage ne demande qu'à continuer.

Texte repris en partie sur L’Express.com

Sur la route de Jack Kerouac. L'épopée, de l'écrit à l'écran, au Musée des Lettres et Manuscrits à Paris, du 16 mai au 19 août. Site : http://www.museedeslettres.fr/public/

Pour voir la bande annonce du film : http://www.youtube.com/watch?v=vFlZ7MNoiFg