mercredi 26 octobre 2011

Happy DIWALI !

Le temps d'une nuit, l'Inde a brillé de tous ses feux pour l'apothéose du festival de Diwali, la grande fête des lumières.

Dans une surenchère sonore et lumineuse de pétards et de bougies, des millions d'Indiens célèbrent chaque année la plus grande date du calendrier mythologique hindou. Diwali symbolise le retour d'exil du dieu Ram, après avoir vaincu le démon Ravana. Les lumières guident et fêtent Ram marchant vers les siens et représentent le triomphe de la connaissance face à l'obscurité. « C'est la célébration de la victoire du bien sur le mal », a rappelé le Premier ministre Manmohan Singh, qui a souhaité à la nation indienne « joie, bonheur et prospérité ».

En vue des préparatifs de Diwali, les marchés de la capitale ont été saturés de visiteurs au cours des derniers jours. Dans une ambiance joyeuse et fébrile, le festival est l'occasion de renouveler vaisselle, vêtements, mais aussi d'acheter cadeaux et friandises. Malgré la hausse du prix des sucreries, des fruits secs et des feux d'artifice, les Indiens urbains n'ont pas réfréné leur goût pour les célébrations fastueuses. Dès le début de la semaine, les vendeurs ont emballé et décoré d'énormes paniers d'offrandes. Les présents sont ensuite envoyés chez des collègues, des amis ou des relations de travail, afin de leur souhaiter un « Happy Diwali ». Une pratique qui, parfois, déborde vers le pot-de-vin pour s'attirer les faveurs d'un fonctionnaire ou d'une personne bien placée.

Menace terroriste, tout de même

Au coeur de cette agitation consumériste, les marchés de New Delhi avaient été placés sous la haute surveillance des forces de police. L'Inde fait face à une série d'attaques terroristes depuis quelques années, la dernière datant du mois de septembre, avec 14 tués dans une explosion perpétrée devant la Haute Cour de Delhi. Envisageant « la possibilité d'une attaque terroriste », cinq pays occidentaux ont conseillé à leurs ressortissants de s'abstenir de voyager en Inde durant cette saison des fêtes. Une initiative qui a provoqué l'irritation de l'Inde, et certains membres du gouvernement n'ont pas caché leur indignation.

Cinéma

Mais le grand évènement de Diwali, cette année, était la sortie du dernier film de Shahrukh Khan, la star de Bollywood. Avec Ra One, un film au budget colossal, l'acteur adulé se lance dans la science-fiction, et l'Inde s'offre un superhéros. Le film est projeté sur 3 000 écrans en Inde, et en version 3D dans 500 cinémas. Et s'il faut en croire la fière rumeur indienne, Ra One aurait concocté plus de 3 500 effets spéciaux, contre « seulement » 2 700 dans le film Avatar de James Cameron...

Bonus « Diwali »

Et la frénétique journée de Diwali a continué son cours. Des voeux ont été échangés par SMS et sur Facebook. Les Indiens ont offert des prières dans les temples de Ganesh, le dieu bienfaisant à la tête d'éléphant, et de Lakshmi, la déesse de la fortune. Dans l'espoir de prospérité et sous les bons auspices de Diwali, la Bourse de Bombay a même tenu une session spéciale. Et, dans un geste non dénué de symbole, la Cour de justice a demandé à la municipalité de Bombay de donner un « bonus Diwali » à 40 000 employés.

Au crépuscule, place au spectacle

Les Indiens célèbrent chez eux la puja, une petite cérémonie mêlant offrandes et prières à Ganesh et à Lakshmi. Parés de beaux habits, ils allument des bougies à l'huile et en argile qui s'additionnent aux guirlandes électriques qui parent les maisons. La ville offre alors une scène féérique. Puis les enfants descendent dans les rues pour allumer des pétards. Les explosions de feux d'artifice prennent le relais à un rythme croissant, puis effréné. Les hommes se livrent à de farouches démonstrations de puissance. Comme mués en soldats, certains vident des caisses de munitions et allument les pétards en cartouches entières. Le bruit devient fracassant, la fumée prend à la gorge. Comme chaque année, Delhi ne s'endort qu'au milieu de la nuit, enveloppée d'un nuage opaque de fumées, dans les derniers soubresauts et les éclats de fête qui ne veulent pas mourir.

A tel point que les nuisances sonores et la pollution atteignent des niveaux inégalés à chaque Diwali. Les chats, les chiens et les oiseaux en restent pétrifiés. Les pompiers doivent intervenir régulièrement pour maîtriser des incidents divers et variés. Mais l'Inde a beau lancer des campagnes préventives et menacer les imprudents d'amendes dissuasives, les habitudes sont difficiles à changer ! Les policiers ferment les yeux, et les budgets consacrés aux feux d'artifice se comptent en millions de roupies. Cette année, de nombreux Indiens auraient acheté les feux d'artifice à la dernière minute, cédant à la tentation après avoir initialement pris de bonnes résolutions.

Car Diwali, sans une nuit illuminée, sans ces explosions de bruits et de joie portées par un formidable espoir en l'avenir, ne serait plus vraiment Diwali !

Article repris sur LePoint.fr