mercredi 8 juin 2011

Une gomme amoureuse d'un crayon...

Une petite gomme s’ennuyait de ne rien faire.

Elle entend un jour parler d’un crayon merveilleux dont elle se met à rêver. Si elle pouvait effacer ses erreurs... si seulement elle pouvait le voir... Mais le crayon gît, prisonnier, dans une boîte transparente au dernier étage d’un gratte-ciel new-yorkais.

La petite gomme va consulter une grenouille, célèbre diseuse de bonne aventure, qui lit dans le marc de café. « Tu pourras effacer les traces du crayon merveilleux seulement à 3 conditions ! » lui dit-elle, « Tu traverseras l'océan avec un homme d’affaires, tu parcoureras New-York dans la poche d’un chauffeur de taxi, et enfin, tu devras monter au sommet d'un building dans la poche rouge du groom. »

La petite gomme ne se laisse pas décourager. Elle se précipite à l’aéroport et s’attache aux pas d’un homme brun, mince, qui porte une serviette bourrée de dossiers.

Cet homme part à New-York pour superviser au nom de son directeur le nouvel aménagement des ascenseurs des gratte-ciel. Comme il est en avance et de caractère inquiet, il s’assoit pour consulter certains plans. La petite gomme bien fûtée en profite pour s’approcher de lui, et il l’empoche distraitement avec ses affaires.

Le voyage en avion est fascinant. La petite gomme ne peut rien voir puisqu’elle est dans la poche de l’homme d’affaires, mais elle entend toutes les annonces de l’hôtesse de l'air, s'imaginant au milieu des nuages et des oiseaux migrateurs.

En sortant de l’aéroport, l’homme d’affaires prend tout naturellement un taxi et donne au chauffeur l’adresse du plus haut building de New-York. Mais il y a ce jour là, une grande manifestation pour le remplacement des gratte-ciel par des espaces verts et la voiture est coincée dans des embouteillages. Le chauffeur pour passer ses nerfs se met aussitôt à faire des mots croisés, qui sont toujours prêts pour une éventualité de ce genre. Et une gomme est bientôt nécessaire.

C’est ainsi que la petite gomme passe de la poche d’un homme d’affaires à celle d’un chauffeur de taxi. Après une longue et pénible traversée de la ville, le taxi arrive enfin devant le plus haut gratte-ciel de New-York. L’homme d’affaires récupère la gomme, paie sa course, et entre dans le hall.

Devant l’ascenseur, il sort son mouchoir pour s’essuyer le front et la petite gomme en profite pour sauter sur le sol. Elle rebondit deux ou trois fois pour éviter de se faire écraser et atterrit... sur la chaussure bien cirée du groom. Celui-ci la ramasse, l’empoche prestement et prend l’ascenseur. La petite gomme compte fébrilement les étages, un, deux, trois, quatre... elle est vite perdue, mais à chaque arrêt, le groom annonce pour les gens qui sortent : « vous êtes au vingt-sixième étage, au soixante-dix-neuvième, au cent-unième, au dernier étage ! ». Enfin !

Le groom apporte des sandwiches à un célèbre artiste qui a installé son atelier au dernier étage du plus haut building de New-York. Il aime bien entrer dans cet endroit. C’est calme et lumineux et il y a des tas de choses à voir. Sur une table près d’une fenêtre sont rangés les dessins, les pinceaux, les pastels, les fusains et dans un plumier en verre un grand crayon de bois, solitaire et magnifique, qui a l’air de s’ennuyer... En le voyant, le groom a une impulsion inattendue.

Il plonge la main dans sa poche, trouve la petite gomme et la dépose dans le plumier.

C’est ainsi que finit cette histoire.

Le crayon et la gomme ne se sont plus quittés et depuis, il écrit et elle efface, il écrit et elle efface...

Un petit conte inventé par un groupe d’élèves d'Aubagne (France).