mercredi 4 mai 2011

La vraie santé (article en plusieurs parties - partie n° 1)

Pour retrouver la vraie santé, donnez à votre vie un sens, un interview de Thierry Janssen par Patrice van Eersel

Fluidité, Confiance et Cohérence sont les trois clés de la santé que les guérisseurs enseignent aux médecins modernes en quête de sens. Thierry Janssen, chirurgien réputé, a voulu tout quitter pour traverser une initiation où la thérapie d’avant-garde renoue avec les savoirs humains les plus anciens.

Question : L’idée que notre esprit peut guérir notre corps est-elle aujourd’hui scientifiquement prouvée ?

Thierry Janssen : Oui, mais c’est la moitié d’une vérité. Nous savons désormais que toute réalité est information, que l’être humain sait traiter l’information de façon symbolique, par le langage, la pensée, la volonté, et que cela agit sur ses mécanismes physiologiques. Mais instantanément, ces derniers agissent en retour sur l’esprit. L’esprit agit sur le corps et le corps agit sur l’esprit, c’est inséparable. Avoir des pensées positives peut m’aider à réparer mes cellules, mais pratiquer la respiration méditative peut m’aider à clarifier ma pensée. Voilà pourquoi j’ai bâti mon livre « La Solution Intérieure » en trois parties :
- 1°) Une médecine de l’esprit pour soigner le corps
- 2°) Une médecine du corps pour soigner l’esprit
- 3°) Une médecine de l’énergie, car le concept d’énergie est celui qui permet de faire un lien entre ces deux pôles.

Un être humain, c’est une globalité : de la pensée, des croyances, des émotions, un corps. Comprendre la pleine santé, c’est avoir l’ambition d’aborder cette globalité. Le grand Linus Pauling, prix Nobel de Chimie et prix Nobel de la Paix, disait : « La vie, ce ne sont pas les molécules, mais les liens entre les molécules. » La vie, c’est l’interaction qui existe entre vous et moi, à l’instant même. Indépendamment de tout lien, nous ne sommes pas vivants. La médecine doit urgemment retrouver le lien, et cela ne se fera qu’en travaillant de manière transdisciplinaire. Hélas, même la psycho-neuro-immuno-endocrinologie, qui est une approche scientifique rigoureuse, n’est pas enseignée aux étudiants d’aujourd’hui – chacune de ces disciplines continue d’évoluer séparément. Certes, les choses changent doucement... J’ai ainsi pu créer pour l’université de Bruxelles un cycle de séminaires destinés aux médecins, intitulé « Aider nos patients à se guérir », dont l’aspect holistique de l’être humain constitue l’axe.

Il aura paradoxalement fallu descendre jusqu’aux molécules pour que les neurologues, les endocrinologues et les immunologistes s’aperçoivent qu’ils travaillaient en fait sur les mêmes processus et qu’une personne formait un seul système.

Cette lapalissade devrait nous pousser à la modestie. Denys Noble, prof de génétique d’Oxford, dit : « Il va falloir beaucoup d’humilité aux généticiens, parce qu’en l’an 2000, on a cru qu’en décryptant tout le génome, on avait la clé générale de l’être humain et qu’en manipulant un gène, on pouvait supprimer une maladie ; mais on s’est vite aperçu qu’en touchant un seul gène, on en déréglait vingt autres et que tout ça était beaucoup plus subtil qu’on ne l’avait cru. » On a démonté le puzzle, maintenant il va falloir le remonter et l’entreprise s’avère infiniment plus complexe ! Les généticiens ont isolé les gènes les uns des autres, sans se soucier de tous les liens qu’ils coupaient ainsi. Comme si nos gènes étaient des corps morts, alors qu’ils vibrent ! C’est là que la dimension « énergétique » entre en jeu, avec les apports essentiels des médecines indienne et chinoise : ce qu’on appelle énergie dans ce contexte, c’est justement le continuum entre le physique, l’émotionnel, le psychique. Heureusement, on commence à s’en rendre compte, par exemple à l’Unesco, où l’on m’a invité à participer à la création d’un Département de recherche sur la médecine énergétique et quantique. Ou bien à l’OMS où, dès le départ, on a eu l’intuition de définir la santé comme « un état de bien être à la fois psychique, physique et social » : si l’une de ces trois conditions vient à manquer, vous tombez dans la pathologie.

Diriez-vous que, dans le processus de guérison, l’essentiel vient du dedans de la personne ?

C’est tellement évident. Mais les médecins occidentaux vivent dans un paradigme où l’on est convaincu que seules les solutions extérieures, c’est-à-dire les leurs, pourront guérir le patient : leur chimiothérapie, leurs actes, leurs méthodes. Et malheureusement, quand leurs molécules ne marchent pas, ils n’y croient plus, oubliant qu’ils ont juste négligé de mobiliser l’immense potentiel des solutions intérieures. La médecine d’Occident coupe tous les liens : coupée elle-même de la nature, elle coupe l’individu en morceaux. Mais elle coupe aussi le médecin de ses patients, n’enseignant pas l’empathie aux étudiants, qu’elle jette dans la vie active inconscients des transferts et des contre-transferts qu’ils vont avoir à traverser – un siècle après que Freud ait découvert ces processus fondamentaux, c’est d’un obscurantisme grave ! Attention, loin de moi l’idée que l’individu saurait se guérir uniquement par lui-même. Mais aujourd’hui, on essaye absolument de nous convaincre de l’inverse : l’être humain ne pourrait se guérir qu’au moyen d’une gigantesque logistique extérieure. La vérité est juste au milieu. Et je dis à mes confrères « aidons nos patients à SE guérir. » Ça nous ôte un peu de pouvoir, mais nous donne un rôle tellement plus beau ! Aucune des solutions intérieures ne représente la panacée, mais elles interviennent forcément dans toute guérison. Et parfois, elles suffisent. Elles peuvent jaillir des profondeurs de nous-mêmes, comme elles peuvent émerger de la rencontre avec autrui. C’est toute l’histoire de l’effet placebo.

Le placebo ! Voilà longtemps qu’on y croyait sans y croire. N’est-on pas en train de décrypter enfin son mystère, notamment grâce aux nouvelles techniques d’imagerie corticale ?

La sémantique de l’effet placebo était mal posée. Quand, en 1955, à Harvard, Henry Beecher sort son étude – où il montre que 30% des gens qui prennent un anti-douleur placebo, c’est à dire en fait un grain de sucre, répondent bien et n’ont plus mal –, on se situe encore dans une vision dichotomique de l’être humain, avec un corps et un esprit scindés. La réaction immédiate fut que l’on douta de la réalité des douleurs traitées en disant : « C’était donc des douleurs imaginaires. » Mais les malades imaginaires, ça n’a rien à voir avec l’effet placebo : ça existe, ce sont des hypocondriaques, qui ont mal un peu partout et transforment la moindre gêne en catastrophe, parce qu’ils sont anxieux. L’effet placebo, lui, traite des malades présentant de vrais symptômes et Beecher le montre déjà – par exemple des douleurs post-opératoires bien réelles, que la pilule de sucre réussit mystérieusement à éliminer. Aujourd’hui, nous savons que cela n’a rien à voir avec une simulation ou un fantasme. Grâce aux nouvelles imageries du cerveau, on a compris que le placebo agissait réellement sur le circuit de gestion de la douleur, car les aires cérébrales impliquées dans les réponses placebo sont les mêmes que quand l’organisme répond à des produits anti-douleur – et on a pu montrer que pour un très grand nombre de médicaments, le produit avait, en plus de son action objective, un effet placebo supplémentaire. Qui y est sensible ? Beecher avait établi que 30% des patients répondaient au placebo. Dans les études actuelles, ce pourcentage monte souvent à 70% et certains chercheurs estiment qu’en réalité, l’effet placebo joue sur tout le monde.

L’effet lui-même ne dépend-il pas de la confiance que le patient fait à son soignant ?

Bien sûr ! De quoi parlons-nous ? D’un effet dû à la conviction du patient qu’on va le soigner efficacement. Or, cette autosuggestion dépend en grande partie de la façon dont le traitement lui a été prescrit, donc du soignant. C’est l’interaction thérapeutique qui influence toute cette mobilisation de la pensée, des émotions positives, des mécanismes réparateurs du corps. De plus en plus d’éléments alimentent une théorie du placebo, qui permet de comprendre qu’il agit de deux façons : 1°) générale, 2°) spécifique.

D’abord, un patient qui prend un médicament en placebo, convaincu qu’il aura l’effet promis, stimule déjà en lui, involontairement, la genèse et l’auto-entretien d’émotions positives, avec activation du cortex préfrontal gauche et stimulation du système nerveux parasympathique – celui qui régit le relâchement du corps et la mise en route des mécanismes réparateurs du corps, avec stimulation de l’immunité cellulaire, notamment les fameuses natural killer cells (NK), espèce de gendarmes qui patrouillent dans le corps entier pour essayer de trouver des cellules cancéreuses. Ça, c’est l’effet général, dû au fait que l’on croit que ça va marcher, sans même y penser. C’est la cascade des réactions psycho-neuro-endocrino-immunologiques positives.

À l’inverse d’ailleurs, si l’on annonce au patient une mauvaise nouvelle, si on lui dit par exemple que son médicament est un poison, on va provoquer un effet nocebo, c’est à dire une cascade de réactions psycho-neuro-endocrino-immunologiques négatives : convaincu d’avoir avalé un poison (même si c’est faux), le patient va stimuler son système d’alarme, c’est-à-dire cette fois son système nerveux sympathique, avec stress, augmentation des taux de cortisol et d’adrénaline, accélération cardiaque et danger d’épuisement du système immunitaire. Le système d’alarme (sympathique) est vital pour combattre ou fuir, mais s’il perdure, ou s’il est trop violent, il nous fragilise et peut aller jusqu’à nous tuer (c’est le coup des gens qui meurent d’émotion devant leur écran de télévision parce que leur équipe vient de perdre). Une étude citée par David Servan-Schreiber dans Psychologies, montre que les personnes âgées, en maison de retraite, ne développent toutes sortes de troubles que si elles captent des messages négatifs par rapport au grand âge. Si ces personnes sont à l’abri de ces messages, elles ne vivent pas du tout les mêmes problèmes. Reprenons donc la pensée du Pr Robert Hahn, qui enseigne l’anthropologie à Harvard et qui, depuis 1997, met en garde la presse, écrite et télévisée, contre les messages négatifs qu’elle diffuse en toute inconscience. Hahn explique que ces messages agissent comme des sortilèges jetés sur la population.

De ce point de vue, nous demeurons pareils aux humains préhistoriques, qui pouvaient mourir parce qu’une « parole magique mortelle » leur avait été adressée. Je parle dans mon livre de l’histoire aborigène rapportée par le Dr Lambert, ami du physiologiste Walter Canon (éminence scientifique des années trente, qui, avant Henri Laborit, a parlé de l’alternative fuite/combat, de l’homéostasie, etc). Ces chercheurs étaient interpellés par le fait que les peuples d’Australie ou de Nouvelle Calédonie étaient capables de se tuer par de simples mots. Certes, c’était « dans la tête », mais leurs corps mouraient vraiment ! Or, rien n’a changé. En tant qu’humain, nous sommes sujets aux phénomènes de suggestion et de prescription symbolique beaucoup plus que nous le pensons.

C’est une question grave, qu’il ne faut pas prendre à la légère. Depuis quelque temps, on voit des thérapeutes faire état de la possibilité d’une « lecture symbolique du corps et des maladies ». Bravo, mais attention ! À mon avis, beaucoup manquent de rigueur et de recul. Certains ont même quelque chose de fanatique, tendant à enfermer les patients dans des systèmes « sorciers » de croyances culpabilisantes. Tel conflit, tel trauma, telle parole agressive provoqueraient forcément un cancer, ou un autre mal mortel, dont vous ne pourriez guérir qu’en remontant à la source du problème, etc. Beaucoup de gens sont séduits, tant ils sont assoiffés de sens. Dans certains cas, ça marche, parce qu’un « effet sorcier » placebo peut évidemment jouer. Mais souvent, je constate que ça jette des sorts négatifs.

Les gens se sentent prisonniers de situations sur lesquelles ils ne peuvent pas grand-chose et ça les enfonce plus que ça ne les aide. Et ces thérapeutes ne se rendent pas compte qu’ils peuvent devenir carrément dangereux – en toute bonne foi ! Un conseil : ne vous contentez pas des présentations orales, lisez les textes, vérifiez leur cohérence de fond. Il faut du discernement. Ce sont des questions où l’on ne peut pas, sous prétexte de « tisser des liens » entre tout et n’importe quoi, se permettre la moindre discontinuité logique.

On a donc vu le placebo (ou nocebo) général. Et qu’appelez-vous « placebo spécifique » ?

À côté de la cascade de réactions involontaires dont nous venons de parler, notre pensée cognitive rationnelle peut entrer en jeu (« je sais que ce médicament va me faire du bien »), provoquant une émotion (« je me sens déjà mieux »), qui va elle-même avoir un effet physique (« je constate que l’inflammation de ma gorge s’est atténuée »). Autrement dit, la pensée positive volontaire, à la façon de la méthode Coué, trouve là son explication : nous pouvons décider d’aller mieux, et cela a des chances de fonctionner.
La suite mercredi prochain…