mercredi 15 septembre 2010

Takashi, au milieu du salon...


« Murakami Versailles », exposition du plasticien japonais, Takashi Murakami, dans les appartements royaux et le jardin du Château de Versailles, à être ou ne pas voir jusqu'au 12 Décembre…

Comme sa dénomination l’indique, Takashi est un plasticien et non un artiste. Et comme se demande ma voisine Lucette : un plasticien, il fait du plastique ? Oui, et du japonais. Ah bon ! Déjà je ne supporterai pas de voir du plastique, même japonais et artistique, au milieu de ma pelouse, donc je ne vais pas aimer voir du plastique au milieu de la galerie des glaces (pas à la fraise, pour les incultes).

Monsieur Murakami ne se contente pas de transformer le plastique, il le fait à la manière des mangas, ces dessins au trait agressif, voire cancéreux comme dirait Moebius. Dans les années 80, lorsque j’étais étudiante en dessin aux Beaux Arts à Paris, 50 % des élèves étrangers boursiers venaient du Japon, pour justement y prendre un peu d’humanité dans notre façon de dessiner. D’ailleurs, les plus choqués de cet assemblage frauduleux ce sont les touristes japonais en visite au Château de Versailles, décus de retrouver l'évocation des mangas dans un lieu mythique pour lequel ils ont attendu plusieurs années la visite (écouter à ce propos la très intéressante émission sur France Inter du 14 Septembre à 8 h 30).

Après un été chargé en révélations mensongères étatiques qui frôlent l’initiation, là c’est le bouquet. Les pauvres d’entre les pauvres sont renvoyés à leur misère, les riches d’entre les riches sont subventionnés, et maintenant le kitsh en plastique ne fait qu’une bouchée de l’or de l’art de la Rennaissance.

La révolte ne gronde plus, Marie-Antoinette, la légère froufrouteuse, a en perdu la tête, et tout le monde y va de son petit commentaire d’ouverture intellectuelle - faut bien ! Sauf les irréductibles lepénistes de Versailles qui font un tabac, aux grilles du palais. Il faut dire que depuis le premier épisode du genre (l'exposition Jeff Koons à l'automne 2008, artiste patronné par Pinault, qui a vu sa côte monter en flèche, et les capitaux de son sponsor idem par la même occasion), donc, après cette exposition, le château de Versailles prend des précautions : il veille à ce qu'il n'y ait pas d'oeuvres à connotation pornographique ou macabre qui pourraient heurter certains publics, notamment les enfants. Si, si ! Véridique.

Les concepts ont désormais remplacé les émotions, et à force d'arguments mentaux, on veut nous faire prendre des pendules pour des couleuvres (ou des lanternes à avaler). L’essentiel est de faire parler de soi. Ce plastique là n’élève pas l’humanité, il lui fait à peine un clin d’oeil. Même pas langoureux. Je n’irai pas voir. Mais je suis contente que cela existe, ça permet d’en parler…

En guise de conclusion, et pour justifier le titre de l’article, ce qui ne me ressemble pas vraiment, mais qui rassemble bien mes idées, j’emprunterai à Jean Clair, de l’Académie Française, ce qu’il disait de la précédente exposition du genre à Versailles : « on rêve à ce que Saint-Simon, dans sa verdeur, aurait pu écrire de ces sculptures «dondonesques» et entortillées, désormais déposées à Versailles. Elles lui eussent rappelé peut-être la mauvaise plaisanterie du duc de Coislin : « Je suis monté dans la chambre où vous avez couché ; j'y ai poussé une grosse selle au beau milieu sur le plancher…».

Mais on va tout de même faire son petit travail d'information jusqu’au bout. Voici le lien vers la page consacrée à l’exposition et à son exposant, à partir du site du Château de Versailles. On y découvre un plasticien cohérent, car de la même façon qu’il fait réaliser ses tableaux et produits dérivés par une centaine de jeunes artistes, ses propos ont dus être rédigés par un bon collaborateur de Jean-Jacques Aillagon. Ils ne reflètent pas la réalité de la découverte de Versailles et son histoire par Takashi Murakami il y a seulement 3 ans, au moment de la signature du contrat (monument et culture dont il ignorait totalement l'existence auparavant). Ainsi, nous sommes dans le faux, le factice, l’évènementiel gratuit (mais qui nous coûte très cher) jusqu’au bout. Pas dans l’art. Un leurre. Une absence.

Le lien :