mercredi 25 août 2010

A 15 ans, j'avais adoré !

















SUR LA ROUTE de Jack Kerouac… Le mythique roman de l’américain est réédité dans sa version originelle, non censurée.

La virée, dans sa bande originale : un long ruban de papier, analogue à celui de la route, sur lequel l'auteur a crépité son texte sans s'arrêter, page unique, paragraphe unique.

Aujourd'hui, voici qu'on peut enfin lire ces chants, à la fois de l'innocence et de l'expérience, dans leurs accents libertaires et leur lyrisme vibrant ; aujourd'hui on peut entendre dans ses pulsations d'origine le verbe de Kerouac, avec ses syncopes et ses envolées, long comme une phrase de sax ténor dans le noir. Telle est la route, fête mobile, traversées incessantes de la nuit américaine, célébration de l'éphémère. «Quand tout le monde sera mort, avait écrit Ginsberg, le roman sera publié dans toute sa folie

Et ben oui… c'est fait !

« Ça y est, j’ai raconté toute la route » écrit Jack Kerouac, en mai 1951, à son ami Neal Cassady. « Suis allé vite, parce que la route va vite ». Il explique qu’entre le 2 et le 22 avril, il a écrit un roman complet, de 125 000 mots. « L’histoire, c’est toi, moi, et la route ». Il l’a écrite sur des bandes de papier de 40 mètres de long, « le rouleau s’est imprimé dans la machine, sans paragraphes, en fait. »

La légende veut que Kerouac se soit dopé à la benzédrine pour écrire Sur la Route, qu’il l’ait composé en trois semaines, sur un long rouleau de papier télétype, sans ponctuation. Il s’était mis au clavier, avec du bop à la radio, et il avait craché son texte, plein d’anecdotes prises sur le vif, au mot près. Le sujet : la route avec Dean, son cinglé de pote, le jazz, l’alcool, les filles, la drogue, la liberté… «Avec l'arrivée de Neal a commencé cette partie de ma vie qu'on pourrait appeler ma vie sur la route. Neal, c'est le type idéal, pour la route, parce que lui, il y est né, sur la route...»

Ce Neal Cassady, chauffard génial, prophète gigolo à la bisexualité triomphale, pique-assiette inspiré et vagabond mystique, est assurément la plus grande rencontre de Jack Kerouac, avec Allen Ginsberg et William Burroughs, autres compagnons des folles équipées, et qui apparaissent maintenant sous leurs vrais noms dans le roman.

Évidemment, à l’époque, les éditeurs refusent ce rouleau qui ressemble si peu à un manuscrit. Kerouac récupère son travail et reprend la route vers la Californie et le Mexique ; il découvre l’écriture automatique et le bouddhisme, il écrit d’autres romans « à toute blinde », les consignant dans de petits carnets que personne n’a le courage de publier.

Des années passent avant que Viking n’achète « Sur la Route ». Mais le roman publié n’a en fait rien à voir avec le livre échevelé que Kerouac a tapé en 1951.

Aujourd’hui, c’est cet original, dans toute sa folie, qui est publié en français. Et pour mieux comprendre la genèse de Sur la Route, quatre universitaires américains exposent leurs points de vue en complément du roman. Howard Cunnell explique comment s’est élaboré le premier manuscrit. Penny Vlagopoulos s’intéresse au contexte et à l’Amérique de l’époque. Georges Mouratadis étudie la personnalité de Neal Cassady, compagnon d’aventures de Kerouac. Enfin, Joshua Kupetz envisage les rapports entre le rouleau et la théorie littéraire contemporaine afin d’en souligner la nouveauté.

Bien au delà d'une simple invitation au voyage, ce roman est un des plus grands symboles de la Beat Generation, mouvement contestataire américain des années 50. Briser la morale établie, vivre à fond, découvrir de nouvelles sensations, amitié et recherche de soi sont les thèmes forts à Kerouac, qui contrairement aux apparences, ne fait pas l'apologie des drogues, mais s'affirme en humaniste. Les jeunes feraient bien de s'y remettre.

Quand j’avais 15 ans, j’ai adoré !

Aux Editions Gallimard

En illustration Jack Kerouac, son rouleau, et la couverture de la nouvelle édition.