mercredi 28 avril 2010

La guérilla jardinière : sous les pavés, la vie !


Et si nous investissions ces lieux incultes,
laissés à l’abandon,
ces tristes villes en béton,
et si nous les faisions fleurir soudain ?

La Guérilla Jardinière est un jardinage politique, une forme d’action directe non-violente, citoyenne et écologiste. Les activistes sympathiques prennent d'assaut un bout de terre dont ils ne sont pas propriétaires pour y faire pousser des légumes, des plantes, des fleurs. Aucun écoulement de sang prévu dans ce genre de guérilla !

Les "Guérilla Gardeners" (car ce mouvement est parti de Londres) sortent parfois la nuit, équipées de gants de jardinage, d'arrosoirs, de compost, de graines et de plantes, pour agir. Certains ont continuellement dans leur poche des graines, coquelicot, blé, nigelle, bleuet, coriandre (tout ceci pousse très bien) et au coin d’une rue, dès qu'un petit espace de terre triste est repéré, hop ! on jette discrètement une poignée à la volée, et on repasse un peu plus tard avec un bidon d’eau si la météo est au beau fixe.

D'autres vont travailler plus ouvertement, cherchant activement à s'engager avec d'autres membres de la communauté locale. Il peut s'agir d'un bon moyen pour développer des amitiés et des contacts dans la communauté et puis, si une récolte est possible, pourquoi pas une soupe sociale en plein cœur du quartier ?

En fait, ces jardiniers en lutte récupèrent les terres de la négligence ou du mauvais usage pour leur donner une nouvelle destination. C’est une fronde qui remet en question le régime foncier, interpelle les pouvoirs publics sur leur utilisation. Dans certains cas, c’est un pied de nez au « tout béton » des villes, mais c’est ailleurs une revendication pour des cultures vivrières, comme le Mouvement des sans-terre au Brésil, des gens privés de terre. Parfois, cela débouche sur des jardins partagés ou communautaires.

Voici 12 idées pour organiser une action collective de guérilla jardinière près de chez vous :

1 Choisir une période propice de l’année, de mars à juin suivant les régions pour bon nombre de légumes.

2 Se renseigner sur les coins en friche du quartier. Aller voir à la communauté urbaine, au cadastre, à la mairie, enquêter auprès du voisinage... pour savoir à qui ils appartiennent, s’il y a des projets en cours.

3 Faire un repérage des coins jardinables, et des coins a priori non jardinables mais transformables par la verdure. Prévoir un parcours avec des arrêts réguliers et éventuellement, en fin, un espace où rester un peu plus longtemps, pique-niquer et dans lequel pourrait éventuellement se mettre en place un projet suivi.

4 Vous pouvez privilégier certains espaces, bouts de parcs un peu cachés, mal entretenus, friche de quartiers ou parcs de banlieue, où vos légumes auront plus de chances de persister et grandir. Les plantations dans les plates bandes aseptisées et millimétrées du centre ville seront moins durables mais plus visibles. Pensez aussi aux interstices dans le béton, aux petits recoins, aux pavés manquants, aux endroits incongrus (une crête verte de blé sur une cabine téléphonique ou une statue, une plante totalement envahissante dans une brèche...), bref, transformez la ville ! Attention, les trottoirs en pavé ou en sable sont généralement passés au désherbant chaque année…

5 Vous pouvez repiquer des plants et des graines. Les graines c’est plus discret, les plants c’est plus visible et joli. Pour les plants, il faut y songer entre un et deux mois à l’avance si vous voulez qu’ils soient prêts et repiquables. Des tables de plants, c’est facile à faire chez soi en grande quantité, en plein air, sous bâche transparente, sous vitre ou en intérieur, dans des bacs en polystyrène, petits pots...

6 Pour obtenir des semences ou des plants, vous pouvez demander à des maraîchers bios du coin, ils ont souvent des plants en trop ou des semences qu’ils ne peuvent plus réutiliser dans un cadre commercial et qu’ils seront éventuellement ravis de donner pour un projet militant et pour aider des gens à se mettre au potager. C’est aussi possible de produire des semences soi-même, d’en prendre à des personnes qui jardinent (car la pratique de faire ses propres graines est loin d’avoir disparu), de contacter des associations comme Kokopelli qui distribuent et entretiennent des semences non-industrielles de toutes sortes et proposent un guide d’entretien et de reproduction des semences.

7 Prévoir beaucoup d’eau (bidons de récup nettoyés, arrosoirs, pour pouvoir arroser abondamment après semis ou repiquage) et repérer d’éventuelles fontaines et points d’eau sur le parcours... surtout si cela se déroule en mai/juin. Prévoir un éventuel réarrosage le lendemain. Emmener aussi des sacs de terre, compost, fumier pour en rajouter dans les endroits pauvres ou presque dépourvus de terre ou totalement dépourvus de terre mais bien quand même...

8 Contacter les personnes et associations du quartier à l’avance, dans les halls d’immeuble, les boîtes aux lettres... C’est le genre d’initiatives que beaucoup trouvent plaisantes et un type de manifestation dans laquelle tout le monde peut faire de l’action directe et transformer l’espace sans prendre trop de risques.

9 Amener avec vous et demander par tract aux manifestants (tes) d’amener des brouettes et caddies pour transporter les plants, des cuillères, des couteaux, et autres petits outils pour les repiquer.

10 Prévoir éventuellement des petits panneaux à mettre à coté des plants pour y indiquer le nom des variétés repiquées et les visibiliser dans les jours suivants. On peut aussi, à coté du nom des plants, coller une photocopie avec un texte comme « Je suis une semence sauvage ». Contre les biotechnologies et les géants de l’alimentation capitaliste, les mini-potagers urbains, sauvages ou non, permettent de sortir du rôle de simple consommateurs (trices), d’échanger des savoirs-faire et de retrouver petit à petit des possibilités d’autonomie alimentaire. C’est un acte de solidarité avec les paysans (nes) en lutte et une façon de faire proliférer des plantes jugées comme illégales par l’industrie.

11 Si la guérilla jardinière peut aboutir à une discussion sur « que faire ensemble après ? », c’est encore mieux...

12 Alors sème ta zone et fais pousser !
LA BETTERAVE ROUGE ET LE RADIS NOIR VAINCRONT LE CAPITAL !

Des liens vers des blogs ou site :

Un blog généraliste :
http://jardinpotagerurbain.wordpress.com/

La guérilla jardinière à Paris :
http://guerilla-gardening-paris.blogspot.com/

La guérilla jardinière à Londres :
http://www.guerrillagardening.org/


Un livre :
La Guérilla Jardinière de Richard REYNOLDS
Aux Editions Yves MICHEL – ISBN : 9782 913492 74 5 - 14.50 €