mercredi 3 mars 2010

Des rires et des nez rouges


Parce qu'il est plus facile de guérir un patient heureux…

En France, un enfant sur deux est hospitalisé avant l'âge de 15 ans.

Pour ces enfants et leurs parents, un séjour à l'hôpital ou une simple visite est souvent synonyme d'angoisse, de solitude et de détresse.

A un moment où l'enfant construit sa future personnalité d'adulte, l'hospitalisation constitue une expérience cruciale. Selon qu'elle aura été positive ou négative, heureuse ou traumatisante, cette expérience va influencer significativement la suite de la vie de l'enfant et son attitude face aux problèmes, tant physiques que psychiques, qu'il rencontrera ultérieurement.

En faisant s'exprimer l'enfant hospitalisé, en le faisant participer ludiquement, en l'impliquant dans une mini-aventure improvisée, en l'emmenant dans un monde imaginaire, le clown va lui permettre de continuer d'exister et de se développer. Par le jeu, la stimulation de l'imaginaire, la mise en scène des émotions, la parodie des pouvoirs, les clowns permettent à l'enfant de rejoindre son monde, de s'y ressourcer.

Le rire, la bonne humeur, la dérision, un peu de folie, sont des biens précieux, des alliés indispensables dans la guérison, ayant un effet anesthésiant sur la douleur, tout en aidant à lutter contre la dépression, l'anxiété, la peur.

Les clowns ne sont pas des thérapeutes, mais tout simplement des médecins de l'âme.

Le clown magicien est capable avec presque rien d'attirer et d'éveiller la curiosité de l'enfant à un moment très désagréable pour lui. La concentration mentale de l'enfant est alors focalisée, débranchée du système de douleur. La capacité du rire à insuffler la joie dans l'être entier, véritable pulsion de vie et d'éveil est à elle seule une clé de bien-être. Les sciences cognitives et les neuroscientifiques parlent de la joie en tant que signal d'état d'équilibre de l'organisme. Aussi, maintenir son moral en sourire est déjà un coup sérieux donné à la maladie, nombre de personnes peuvent en attester ; d'ailleurs, au Canada, les hôpitaux intègrent de plus en plus le rire dans leurs services.

D’autre part, le rire peut être considéré comme un médiateur idéal pour se réadapter à un effort modéré. C’est une sorte de « jogging stationnaire », avec tout le bénéfice d'une activité physique, et en s'amusant.

A la fois désintoxiquant physique et dépolluant psychique, le rire aide à lutter contre la fatigue et « l'érosion morale ». Il rétablit l'équilibre sympathique, opère un massage des traits du visage, donne du brillant au regard et surtout participe à restaurer la joie de vivre ! Par la libération de l'énergie au cours de la crise de rire, les tensions sont apaisées. Le sommeil sera plus rapide et profond dans un corps déjà relaxé musculairement. La détente psychique participe aussi à stopper les idées récurrentes parasites qui font souvent barrage à l'endormissement, et à la guérison.

Du point de vue psychologique, le rire est une détente pour l'esprit.

Il possède une action relaxante. C'est aussi une défense contre le stress, la tristesse et l'humeur déprimée. Pour les psychanalystes, l'humour et le rire sont un moyen de détourner la souffrance psychique et de se protéger : c'est un processus de défense, « une sorte de réflexe de fuite dont la tâche est de prévenir la naissance du déplaisir ». Mais Freud n'a rien inventé sur ce sujet, puisque au XVIIIe siècle, Beaumarchais disait déjà « je me presse de rire de tout, de peur d'être obligé d'en pleurer ».

Exemples :
Des cris, de la musique, des rires... Camille se lève : « Voilà les clowns ! » Elle attend, impatiente. La porte s'ouvre à la volée. Camille rit déjà. Chahut, complicité, éclats de rire, duos de flûte, pas de danses esquissés... Bonheur profond, émouvant de voir cette petite fille sourire, rire, heureuse...
Quand au départ les enfants trop timides ne veulent pas se lever ou qu'ils dépriment dans leur chambre, ces mêmes enfants suivent ensuite les clowns carrément avec leur perfusion dans le couloir…

Quelques témoignages :
« Quel miracle d'arracher à chaque rendez-vous des rires, des larmes de rire de ces petits, qui font mesurer à quel point on peut continuer à vivre avec toute cette douleur. »
« Quelle joie vous apportez aux enfants et aux parents à chacun de leurs passages ! Lors de ses hospitalisations, Laurie vous attendait tous les lundi et mercredi. Souvent, elle trouvait que vous n'arriviez pas assez vite à sa chambre et elle râlait. Mais quand vous étiez là, tout s'envolait, perfusion, chimio, douleur, souffrance. »
« Les soins ont passé si vite que lors de notre dernière visite qu’il n’a plus voulu s'habiller ensuite pour rentrer chez lui… il voulait rester au service pour s'amuser et rire encore et encore ! »

Outre les enfants et leurs parents, les professionnels de santé témoignent eux aussi de la joie de ces passages, qui illuminent le séjour des enfants et dédramatise la situation auprès des familles.

Bien sûr, il y a toujours des grincheux « Ici, on est là pour soigner… Non mais ! »… Alors on fait le sourd, à la bêtise et à l’indélicatesse.

Attention, malgré les apparences, faire le Clown à l'hôpital est une activité des plus sérieuses !

Les clowns adaptent leur métier à l'univers médical, il n'y a pas de prestation type et ils tiennent compte de la pathologie de chaque enfant. Toute intervention est minutieusement préparée, en relation étroite avec le personnel soignant. Un carnet de bord est placé dans chaque service où des clowns interviendront. Bien sûr, ils respectent une hygiène très stricte et ils sont tenus au secret professionnel. Ils n’interviennent jamais seuls, mais toujours avec un partenaire. Le patient est considéré comme une personne et non comme une maladie ou un handicap, et ce grâce à une intervention individualisée, adaptée à son âge, ses désirs, son état, réfléchie et juste pour le patient et sa famille. Le patient doit toujours rester acteur face aux farces des clowns.

Pour aller plus loin

- une petite visite sur le blog Docteur Sourire :
http://docteur-sourire.skyrock.com/10.html
Docteur Sourire, c’est une entreprise de spectacle, avec des artistes professionnels qui, en relation avec les équipes médicales, sont formés pour distraire et faire rire les enfants et leurs parents durant les soins dans les hôpitaux de Lorraine. En illustration une photo de Bonny au travail ; mission réussie : l'enfant rit aux éclats.
- le site du Rire Médecin : http://www.leriremedecin.asso.fr/Association/association
- des livres :
« Le Rire Médecin, Journal du Docteur Girafe » de Caroline SIMONDS et Bernie WAREN aux éditions Albin Michel
« La douleur et le rire, l'hôpital et le cirque, les médecins et les clowns... les enfants ! » de Caroline SIMONDS, aux Editions Syros, 1998, Ouvrage collectif sous la direction de Jon Cook et Anne Turz
- Un film : « Jour de Clowns » de Olivier Horn, en Dvd zone 2 . Pal, sortie le 20 Février 2010
- Deux petites vidéos d’Howard Butten, célèbre clown le soir et psychologue avec les enfants autistes le jour, ou le contraire ? Psychologue le soir pour les bien-portants, et clown avec les enfants d'un autre monde le jour : http://www.france24.com/fr/20080812-personnalites-howard-buten-clown-buffo-psychologue-litterature