mercredi 24 février 2010

L'exercice du pouvoir











« Depuis des mois, il s'étale ; il a harangué, triomphé, présidé des banquets, donné des bals, dansé, régné, paradé et fait la roue… Il a réussi. Il en résulte que les apothéoses ne lui manquent pas. Des panégyristes, il en a plus que Trajan.

Une chose me frappe pourtant, c'est que dans toutes les qualités qu'on lui reconnaît, dans tous les éloges qu'on lui adresse, il n'y a pas un mot qui sorte de ceci : habilité, sang-froid, audace, adresse, affaire admirablement préparée et conduite, instant bien choisi, secret bien gardé, mesures bien prises. Fausses clés bien faites. Tout est là… Il ne reste pas un moment tranquille ; il sent autour de lui avec effroi la solitude et les ténèbres ; ceux qui ont peur la nuit chantent, lui il remue. Il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète.

Non, cet homme ne raisonne pas ; il a des besoins, il a des caprices, il faut qu'il les satisfasse. Ce sont des envies de dictateur. La toute-puissance serait fade si on ne l'assaisonnait de cette façon. Quand on mesure l'homme et qu'on le trouve si petit, et qu'ensuite on mesure le succès et qu'on le trouve si énorme, il est impossible que l'esprit n'éprouve quelque surprise. On se demande : comment a-t-il fait ? On décompose l'aventure et l'aventurier… On ne trouve au fond de l'homme et de son procédé que deux choses : la ruse et l'argent…

Faites des affaires, gobergez-vous, prenez du ventre ; il n'est plus question d'être un grand peuple, d'être un puissant peuple, d'être une nation libre, d'être un foyer lumineux ; la France n'y voit plus clair. Voilà un succès.

Il a pour lui désormais l'argent, l'agio, la banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort et tous les hommes qui passent si facilement d'un bord à l'autre quand il n'y a à enjamber que la honte… Quelle misère que cette joie des intérêts et des cupidités… Ma foi, vivons, faisons des affaires, tripotons dans les actions de zinc ou de chemin de fer, gagnons de l'argent ; c'est ignoble, mais c'est excellent ; un scrupule en moins, un louis de plus ; vendons toute notre âme à ce taux ! On court, on se rue, on fait antichambre, on boit toute honte…une foule de dévouements intrépides assiègent l'Elysée et se groupent autour de l'homme… C'est un peu un brigand et beaucoup un coquin. On sent toujours en lui le pauvre prince d'industrie.

Et la liberté de la presse ! Qu'en dire ? N'est-il pas dérisoire seulement de prononcer ce mot ? Cette presse libre, honneur de l'esprit français, clarté de tous les points à la fois sur toutes les questions, éveil perpétuel de la nation, où est-elle ? »

Petite devinette : quel est l'auteur de ce texte ? et de qui parle-t-on ?

Réponse : c’est un texte de Victor Hugo (et oui !!!) extrait de son ouvrage "Napoléon le Petit". Ce pamphlet républicain est dirigé contre Napoléon III.

Pourquoi... vous pensiez peut-être à quelqu’un d’autre ?

Illustrations : petit appartement de Napoleon III, bureau de l'empereur et salle à manger, Le Louvre ; des photos provenant du site : http://www.galerie.roi-president.com

Et puis, afin de poursuivre sur une note positive, voici le références d'un bel ouvrage éclairant sur le sujet, écrit par un des grands maîtres spirituels vivants :

L'ART DU POUVOIR de Thich Nhat Hanh.

Que signifie le pouvoir ? Pourquoi certains sont-ils prêts à tout pour y accéder ?

Bien que nous n'en soyons pas toujours conscients, nous désirons presque tous avoir du pouvoir, pensant que cela nous permettrait de maîtriser notre vie, d'obtenir bonheur et liberté.

Aux yeux de notre société moderne, pouvoir est synonyme de santé, de réussite professionnelle, de gloire et de prospérité, de puissance militaire ou de grandeur politique. Dans cet ouvrage, l'auteur vous propose une autre définition du pouvoir. Selon lui, toute personne capable d'être heureuse dans l'Instant Présent, sans succomber aux dépendances, à la peur, au désespoir, à la discrimination, à la colère et à l'ignorance, possède le pouvoir véritable.

Ce pouvoir-là est vrai, il n'est pas fondé sur l'avoir mais sur l'être. C'est un droit inaliénable pour tout être humain, qu'il soit célèbre ou anonyme, fort ou faible, riche ou pauvre. Le miracle n'est pas de marcher sur l'eau, il est de marcher sur la Terre dans le moment présent et d'apprécier la beauté et la paix qui sont disponibles maintenant.

Aux Editions Guy Tédaniel

Le site du Village des Pruniers, où réside Thich Nhat Hanh : http://villagedespruniers.net/