mercredi 18 novembre 2009

Après le fouillis du buffet, voici l'art du rangement et de la simplicité








Nous gagnerions tant à vivre dans plus de dépouillement. Mais vider sa maison, son buffet, ses placards, son agenda et même son carnet d’adresses ne suffit pas. Le but est aussi de se vider l’esprit…

Épurez votre maison ! Videz vos armoires ! Abandonnez vos achats compulsifs ! Mangez plus frugal ! Débarrassez-vous des tonnes de superflu qui vous empêchent de vivre ! Ces injonctions de Dominique Loreau, sonnent aujourd’hui quasiment comme des ordres, voire des ordonnances. Mais cette française conquise par le Japon, veut bien nous expliquer dans ses livres comment c’est l’esthétique zen qui l’a métamorphosée.

C’est parce que son bonheur s’est si clairement épanoui le jour où elle a osé faire le grand vide, que nous sommes formidablement tentés de l’imiter. Mais attention, le « grand vide » concerne absolument tous les aspects de l’existence : la garde-robe autant que la bibliothèque, le garde-manger aussi bien que le carnet d’adresses !

Pour cette grande voyageuse - finalement subjuguée par le Japon zen où elle vit depuis vingt cinq ans - nos vies sont encombrées de toutes les manières possibles : trop d’objets et trop de nourriture, mais aussi trop d’activités, trop de relations, trop de bavardages, trop de pensées...

Quel que soit le domaine que l’on regarde, notre espace-temps est rempli comme un cagibis, où il est impossible de ranger quoi que ce soit, et d’évoluer. Or, ce qui nous encombre n’est presque jamais « vitalement » indispensable. La plus part du temps, on garde les choses par un lien affectif ou mental, rarement parce que cet objet est « nécessaire ».

En fait, toute la force de l’esprit zen est de montrer que l’esthétique naît de la seule utilité vitale.

Dans son livre paru en 2005 « L’art de la Simplicité » aux éditions Robert Laffont, Dominique Loreau nous entraînait dans son dépouillement - étonnamment sensuel - passant d’une maison (presque) vide à un corps (presque) austère, et de là à un esprit (complètement) vivant. À la lire, un formidable désir de simplification nous envahissait immédiatement. Depuis d’autres titres sont parus : « L’Art des Listes », « L’Art de l’Essentiel », puis très récemment « L’Art de la Frugalité et de la Volupté »…

Donc, nous n'avons plus aucune excuse, tous les guides sont là, nous proposant à chaque fois de nombreux remèdes miracles, à choisir entre la baguette magique de Merlin l’Enchanteur et le parapluie joyeux de Mary Poppins. Au travail !

Quelques petites phrases de Dominique Loreau sur son art de vivre :

J’ai toujours aimé l’ordre, les voyages et les belles choses. Les trois combinés vous obligent à la simplicité.

Pour me sentir « chez moi », je n’ai besoin d’aucun objet, mais de calme, de silence, de chaleur en hiver et de fraîcheur en été, et de la possibilité de prendre un bon bain.

Je dois dire que le thé est devenu ma drogue - en l’occurrence, le thé chinois, que les Japonais apprécient, par exemple le thé Hou Long, dont il existe des milliers de sortes - certaines plus chères que les meilleurs Bordeaux. C’est un thé un peu fermenté... Le thé vert n’est pas fermenté. Le thé anglais, le « thé rouge » ou noir, est aussi fermenté qu’une peau de banane pourrie. Le thé Hou Long n’est fermenté qu’à 30%, à l’extérieur. Ça dépend aussi de la saison, il y a le thé d’été, d’automne, de printemps... On peut être très high avec du thé. Je l’ai découvert après un grand chagrin d’amour. C’est le seul remède qui m’a permis de traverser l’épreuve ! Aujourd’hui, la sensualité du thé peut me suffire pour m’apaiser !

Je suis en train d’écrire un livre sur la pluie. Le bruit de la pluie, sur les arbres, sur les toits, est ma musique préférée.

Ce n’est qu’une fois bien propre qu’on entre dans son bain, très chaud, pour méditer ou rêver. La baignoire peut être en bois de cèdre, dont le parfum est rehaussé par la chaleur... Les Français ne connaissent pas le plaisir du bain. Les sources thermales japonaises, jaillissant des rochers, offrent le summum du bonheur. Imaginez-vous l’hiver, dans l’eau brûlante jusqu’au cou, la nature enneigée tout autour, et devant vous un petit plateau en bois léger, sur lequel on a posé un verre de saké... Quand vous avez trop chaud, vous faites quelques pas dans la neige et vous revenez vite vous plonger. Rien ne peut me combler davantage. Même l’odeur du soufre y devient délicieuse.

Un autre grand plaisir sensuel qu’offre le Japon est le contact du bois, surtout dans les temples et les auberges. Le bruit des pieds nus sur un tatamis de bois vous apaise et vous élève. Les Japonais ont gardé l’art de choisir des bois qui chantent sous vos pas, comme des grillons. C’est si simple !

Aujourd’hui, ce que je vide surtout, c’est mon emploi du temps. J’essaie d’avoir le plus de temps possible, de disponibilité. Je reste beaucoup chez moi, en silence. Et j’approfondis ce qui m’intéresse vraiment dans la vie. Je ne supporte plus les relations médiocres, superficielles. Je crois qu’il faut laisser tomber certaines relations à certains moments. Aussi, je sélectionne attentivement les gens que je rencontre, les mets que je mange, les émissions que je regarde à la télévision. Je trouve triste de voir combien nos contemporains s’enlisent dans des faux problèmes. Ils se compliquent la vie. Pourquoi payer pour aller faire du sport dans un gymnase éloigné et cher, quand vous pouvez vous exercer à tout instant, par exemple en vous promenant, ou en faisant le ménage ?

Couper un légume avec concentration et respect ! Il y a beaucoup de haïkus merveilleux sur le simple petit navet, rose et blanc, posé sur une assiette de laque noire, découpé et préparé de mille façons. Ou prendre un simple bol de soupe dans ses mains : c’est un geste sacré. Soulever doucement le couvercle, humer le fumet, contempler le paysage d’un champignon, d’une noix, d’une algue.

Pour laisser la place à autre chose... bien sûr.

Dans L’Art de la simplicité, beaucoup de gens n’ont vu que la première partie, qui concerne le dépouillement matériel. Alors que pour moi, c’est seulement une condition pour procéder au dépouillement mental. Maintenant, je me concentre là-dessus. Plus ça va, plus j’ai envie d’inverser la phrase de Descartes : non pas « Je pense donc je suis », mais « Je suis donc je pense. »