mercredi 1 juillet 2009

Nos neurones miroirs

Tirer la langue n’est pas un geste simple pour un bébé. Pourtant si vous tirez la langue devant lui, il est fort probable qu’il réussisse à vous imiter spontanément.

Autre phénomène encore plus irrésistible : le bâillement. Voir quelqu’un bâiller déclenche bien souvent un bâillement chez l’observateur. Derrière ces phénomènes d’imitation pourrait bien se cacher une population de neurones appelés neurones miroirs.

Un peu d’anatomie du cerveau

Le cortex prémoteur, situé directement en avant du cortex moteur dans les lobes frontaux, recrute certains neurones qui vont faire se contracter certains groupes de muscles de notre corps en vue de produire une action. On sait maintenant que les neurones miroirs de cette aire prémotrice, qui s’activent pour préparer une action donnée, vont également s’activer à la simple vue de cette action exécutée par quelqu’un d’autre. Il semble donc que lorsqu’un bébé voit ses parents (ou une toute autre personne en qui il peut baser sa confiance) tirer la langue, ses neurones miroirs qui correspondent à ce mouvement sont activés, ce qui constitue un effet d’amorçage suffisant pour que les mêmes neurones soient activés plus facilement l’instant d’après. Ceux-ci vont ensuite activer à leur tour des neurones spécifiques du cortex moteur primaire qui vont déclencher concrètement l’étirement de la langue chez le bébé.

Des singes à nous

C’est au début des années 1990, que les scientifiques ont identifié chez le singe un groupe de neurones du cortex frontal qui s’active quand le singe exécute une action particulière avec la main ou la bouche. Rien d’étonnant jusque-là puisque ces neurones sont situés dans une région dite « motrice » du cerveau. Sauf que, et c’est là leur étrange particularité, ce même groupe de neurones va aussi s’activer quand le singe ne fait que regarder l’un de ses congénères exécuter la même action ! D’où le nom de neurones miroirs qui leur a été attribué. Or la région cérébrale où l’on trouve ces neurones miroirs chez le singe correspond chez l’humain à l'aire de Broca, une région du cerveau dont on connaît le rôle important dans le langage depuis le XIXe siècle. À cette localisation particulière associée au langage s’ajoutent deux autres indices qui ont fait dire à plusieurs observateurs que les neurones miroirs pourraient jouer un rôle dans l’évolution et l’apprentissage du langage : d’une part ils nous renseignent sur les intentions de nos congénères, et d’autre part ils facilitent l’imitation du mouvement de leurs lèvres et de leur langue.

Un effet miroir...

Et ces neurones miroirs s’activent non seulement en soi lorsque l’on effectue un mouvement intentionnel (par exemple tourner une poignée en vue d’ouvrir une porte), mais également lorsque l’on voit une autre personne le faire.

Donc, les neurones miroirs réagissent essentiellement à un stimulus visuel qui représente une interaction entre un moyen d’action biologique (main ou bouche) et un objet. Ils se comportent donc comme des agents de reconnaissance d’une action intentionnelle et non d’un simple mouvement physique.

... pour comprendre les autres

Ce système de correspondance entre perception et action nous aiderait à attribuer des états mentaux à autrui et à interpréter leurs actions comme des comportements intentionnels découlant de ces états mentaux. C’est ce qui a amené certains chercheurs à penser que les neurones miroirs pourraient nous éclairer non seulement comme on l’a vu, sur les fondements cognitifs du langage, mais constitueraient également le substrat neuronal à notre capacité de comprendre la signification des actions d’autrui, chose importante car toutes nos relations sociales sont fondées sur cette observation.

L’hypothèse avancée est donc que le système moteur, par l’entremise de ses neurones miroirs, serait impliqué dans la perception des intentions d’autrui, grâce à la résonance motrice générée par ces neurones miroirs.

Ainsi individu comprend ce que font (ou ce que disent) ses semblables à partir de la représentation interne de ses propres capacités motrices. D’où le rôle possible des neurones miroirs pour partager ces représentations communes et, éventuellement, un langage commun.

Voici le lien vers une vidéo très intéressante de Patrick Van Ersel, sur le rôle que ces neurones miroirs jouent dans les sentiments de compassion et d’empathie : http://hyper-atheisme.hautetfort.com/archive/2009/05/31/empathie-et-cerveau.html

Et pour en savoir plus sur votre cerveau, voici l’adresse d'un grand super marché où tout est gratuit, de qualité, et à disposition sur ce sujet : http://lecerveau.mcgill.ca/

En illustration : Albert Einstern en éternel enfant.