mercredi 6 mai 2009

Vézelay, le chemin de lumière














Il est dit que le matériau principal de Vézelay est la lumière.

Lorsque les moines bâtisseurs en conçurent la disposition et l'élévation, ils parvinrent à placer les ouvertures de telle sorte que les rayons du soleil qui y passent s'inscrivent en taches régulières sur les murs et le sol de la nef.

Ainsi le chemin de lumière de la nef est-il magnifiquement inscrit dans la pierre et au sol. Dans l'axe central, neuf taches de lumière sont créées, parfaitement alignées à l'heure du midi solaire, au solstice d'été le 21 juin. Et le 21 décembre, au solstice d'hiver, ce sont les chapiteaux supérieurs du mur nord de la nef que la lumière solaire de midi vient frapper, avec une régularité parfaite.

Lumière cosmique, lumière universelle, lumière de vie et de foi, lumière qui se fait prière et transcende la beauté : émouvante et si riche lumière de Vézelay.

Quiconque entre dans cet espace y expérimente le passage physique et psychique de l'ombre à la lumière, en chemin vers l’absolu. Un bijou d'architecture, un écrin pour notre quête spirituelle, nous sommes alors seulement un vase qui se remplit de la lumière.

« Mais qu'est cette froide image, que sont ces débris sacrés par la sainte abandonnés ici avec la poussière de ses sandales, quand nous n'aurons eu qu'à pousser cette lourde porte pour nous trouver au milieu même et à l'intérieur de la Madeleine, pour nous pénétrer autour de nous de cette âme lumineuse et respirable, de cette couleur blonde? ...

Le Maître est là, et il t'appelle. Partout où est le Maître, comment la servante cesserait-elle d'être présente ? J'en crois cette faible teinte rose qui se manifeste çà et là, comme la couleur d'une joue animée par la surprise et par l'amour. Aux douves recourbées pareilles aux couples d'un vaisseau, au membrage d'une forte châsse, qui soutiennent l'allée centrale, succède - et quelle blancheur éblouissante ! - le chœur vertical dans les plis de son aube gothique. Nulle couleur que cette émanation d'une myrrhe spirituelle dans le silence intense de la lumière. Et moi, je me tiens debout, et je regarde, et je prie au milieu de cet être blond ! »

Paul Claudel écrit sur Vézelay, lors d'un de ses nombreux séjours chez son ami Romain Rolland, 1948

Illustration : une photo de Mudita