mercredi 1 avril 2009

Pensées de Léonard





Sur la nature






Rien ne germe, là où il n’y a pas une vie sensible, nerveuse ou rationnelle.

Les plumes poussent aux oiseaux et changent chaque année ; l’herbe croît dans les pâtures ; les feuilles poussent sur les arbres et sont pour la plupart renouvelées chaque année. Ainsi nous pouvons dire que la terre possède une âme végétative et que le sol en est la chair. Les os sont les assises superposées de roches qui forment les montagnes. Les muscles sont le tuf. Son sang, la source de ses eaux. Le lac de sang qui entoure le cœur (dans les poumons) est l’océan. La respiration se fait par le sang qui augmente ou diminue dans le pouls, et dans la terre elle a son analogue dans le flux et le reflux de la mer. La chaleur de l’âme du monde est le feu répandu dans toute la terre ; l’habitat de son âme créatrice est dans les feux qui en diverses parties de la terre s’exhalent en sources chaudes, en mines de soufre et en volcans.

Qui te pousse, ô homme à abandonner ton logis de la ville, à laisser tes parents et tes amis, et à te rendre en des lieux champêtres, par monts et par vaux, sinon la beauté naturelle du monde.

Le soleil a substance, forme, mouvement, rayonnement, chaleur, et puissance génératrice ; et toutes ces propriétés émanent de lui sans entraîner sa diminution.

La lune chaque mois, a un hiver et un été. Ses froids sont plus intenses, ses chaleurs plus fortes et ses équinoxes plus froids que les nôtres.

L’air se meut comme un fleuve, emportant les nuages avec lui, de même que l’eau courante charrie tout ce qui flotte sur elle.

L’eau érode les montagnes et comble les vallées et si elle en avait le pouvoir, elle réduirait la terre à l’état de sphère parfaite.

Chaque branche porteuse de fruit commence à la naissance de la feuille qui lui sert de mère en orientant vers elle l’eau des pluies et l’humidité de la rosée de la nuit, et souvent lui enlève les chaleurs excessives des rayons du soleil.

La feuille est toujours tournée à l’endroit vers le ciel, afin de mieux recevoir sur sa surface entière la rosée qui tombe de l’air en un lent mouvement...

Extraits des Carnets de Léonard de Vinci

Illustration : Le Clos Lucé, Amboise, 2007, photo de Mudita, voir son site artistique