mercredi 4 mars 2009

V comme Victoire




Les Grues Cendrées





Deux fois par an, à l’arrivée des premiers froids d’automne et au recul des dernières gelées d’hiver, nous avons la chance de voir passer juste au dessus de nos têtes les grands « V » des oiseaux migrateurs.

Il y a quelques jours, par milliers, ils ont traversé à nouveau le ciel avec leur grands cris, et jamais je ne suis indifférente ou blasée devant cette formidable et courageuse migration. De jour comme de nuit, leurs formations en « V » de dizaines d'individus survolent par vagues successives la campagne en suivant un axe quasi-rectiligne et en claironnant continuellement leur puissant cri de contact « krrrrou-gru ». Il arrive que, même fenêtre fermée, je sois tirée dehors par le concert de leurs voix tonitruantes.

Au cours de leur migration, ces Grues Cendrées font obligatoirement des haltes plus ou moins durables pour se reposer et s'alimenter. Ainsi chaque année, elles s'arrêtent aux mêmes endroits. Dans notre région, où elles ne font que passer, elles se reposent quelques heures à chaque voyage dans leurs motels préférés sur leur autoroute Andalousie/Scandinavie : les Lacs de la Forêt d’Orient et le Lac du Der. Ces deux endroits permettent aux oiseaux de se reposer et de refaire le plein d'énergie pour mener à bien la seconde partie de leur migration. La vision est grandiose quand, au petit matin, ces milliers de Grues quittent les lacs dans une clameur incessante pour aller rejoindre la contrée qui les attend. Des espaces ont même été aménagés pour les amoureux de ce spectacle, afin de ne pas déranger les animaux, très nombreux, jusqu’à 40 000 Grues décomptées par migration...

La Grue Cendrée est l'un des plus grands oiseaux d'Europe, avec une envergure de 2 m et un poids de 4 à 6 kg. Elle revêt un plumage d'un gris presque uniforme. Son cou est relativement long et ses grandes pattes lui confèrent un port altier et des allures d'une belle élégance.

Au dessus de la maison, elles passent à quelques dizaines de mètres au-dessus en poussant leurs « krrrrou-gru » sonores. Elles volent par formation en « V » de plusieurs dizaines d'individus, à la vitesse de plus de 60 km/heure en vol battu, extrêmement consommateur d'énergie, au contraire du vol à voile qu'elles n'utilisent qu'occasionnellement pour profiter d'une ascendance thermique, et contrairement aux cigognes, par exemple, qui utilisent la technique du « planeur ».

Ce vol en « V » est en fait une technique d’économie d’énergie. Et oui ! Si tout le monde y vient - crise oblige, il y en a qui s’en préoccupent depuis des siècles… Lors de leur vol, chaque coup d’aile soulève l’air et l’oiseau qui suit en bénéficie. Ainsi, lors de la formation en « V », toute la volée profite d’un accroissement d’efficacité d’au moins 70 %, cela comparé à un oiseau qui volerait tout seul.

Si une Grue se détache de la formation, elle ressent soudain la résistance de l’air et rapidement elle revient à la formation. Et si un oiseau de tête est fatigué (car lui, il fend l’air sans économie), il se retire à l’arrière et un autre prend la tête de la formation : un bon travail d’équipe et de leadership partagé !

De plus, les Grues des derniers rangs de la formation, ayant moins d’effort à fournir, au lieu de bavasser pour ne rien dire ou raconter n'importe quoi, encouragent à grands cris celles qui sont à l’avant afin qu’elles tiennent la vitesse : formidable soutien solidaire !

Non seulement ces oiseaux sont terriblement courageux et forcent l'admiration, mais en plus ils savent mettre leur ego de coté pour donner toute leur puissance à la communauté… qu’on se le dise !

A voir, un reportage photo pour mieux les connaître :

Et un site pour suivre leur migration jour après jour : http://champagne-ardenne.lpo.fr/grues/point_sur_la_migration.htm