mercredi 11 février 2009

Eloge du fouillis





Confusion, laisser-aller, abandon, fatras, pagaille... vive le désordre !

Pour ceux et celles qui me connaissent un peu, ce début d’article va les étonner !

Et oui, je vais y faire l’éloge du fouillis... au jardin ! En effet, pour la seconde année consécutive, je me laisse prendre par le temps, les brouillards d’automne et l’hiver qui arrive trop vite. Ainsi le jardin des fleurs n’est pas nettoyé après la floraison de l’été, les grandes tiges décharnées se balancent au vent, les feuilles se tapissent, puis se mort-fondent au pied des plantations, les anges désabusés, assis dans la mousse, comptent avec nonchalance les coccinelles qui viennent s’y réfugier en prévision des grands froids. Une sorte d’image consternante, où j’évite de me promener pour passer à coté de la culpabilité. Vision d'apocalypse qui dure 4 mois...

Mais voilà, en regardant tout de même de loin ce petit bout de désolation, je me suis aperçue que ce laisser-aller, ce lâcher prise pour employer le terme à la mode, est TRES bénéfique aux oiseaux, qui y trouvent tout à fait leur compte en graines et semences à se mettre dans le bec. Après dégustation, les oiseaux s’envolent se cacher pour la nuit. Et malgré ce manège quotidien, je n’ai aucun meurtre au jardin à déplorer : les chats de la maison n’ont pas réussi à attraper un seul de ces oiseaux bien repus et revigorés par l’abondance de l'unique garde-mangé convenablement fourni dans le pays, alors que tous les champs alentours, copieusement arrosés aux herbicides chimiques, sont nus comme une armée de vieux crânes rasés.

Restons léger

Et comme un progrès et une bonne nouvelle ne viennent jamais seuls, je vous livre ici un petite article, paru dans ELLE cette semaine, qui me permet de réaliser que j’ai pu m’exclure ainsi résolument et définitivement (OUF !) du rang de la tendance actuelle : les "control freak"... (oui, moi aussi, je viens de découvrir ce terme, qui n'est pas encore tout à fait un gros mot).

Comme Madonna, Rachida Dati ou Angelina Jolie, certaines femmes semblent maîtriser à 100 % leur vie et leur image. Ces obsédées du contrôle sont-elles les reines de l’efficacité ou de la névrose ? Un enquête de Catherine Roig, parue le 7 Février :

Les obsédées du contrôle

Il aura suffi d’un brushing un peu trop apprêté et d’une paire de talons aiguille pour que l’on comprenne qui est la mystérieuse Rachida Dati. Le 7 janvier, en décidant de sortir de la maternité habillée en séduisante executive woman, avant de filer au Conseil des Ministres cinq jours après sa césarienne, la garde des Sceaux en a dit long sur sa personnalité.

On la savait ambitieuse, bosseuse, autoritaire, on la découvre « control freak ». En français : obsédée du contrôle. Job, vie privée, image, Dati régente tout, dans le moindre détail. Et quand Nicolas Sarkozy, qui incarne royalement le control freak typique (lequel ne fait pas confiance aux autres, agit à leur place, pense qu’il n’a jamais tort…), décide d’annoncer la réforme du juge d’instruction alors que la ministre de la Justice est encore à la clinique, il appuie là où ça fait mal. Résultat : Rachida réplique en rappliquant illico. Comme si son corps obéissait sans faiblir à son mental d’acier. Comme si tout en elle tendait vers ce même but : contrôler ce qu’elle donne à voir d’elle-même. Cela vous rappelle quelqu’un ? Sans doute Madonna, Bill Gates, Jennifer Aniston, Steve Jobs, Victoria Beckham, Angelina Jolie, Karl Lagerfeld et bien d’autres.

Ou peut-être vous-même ?

Toujours en train de faire des listes pour être plus efficace, de tout planifier, de vous remaquiller, de traquer la moindre ride, de vous habiller fashionistement correct, de manger « ce qu’il faut », de vérifier que les autres font bien ce que vous attendez d’eux sinon-vous-serez-encore-obligée-de-le-faire-vous-même ?

« L’obsession du contrôle est en chacun(e) de nous, précise la psychanalyste Sophie Cadalen*. Mais s’il y a déséquilibre entre la pulsion de vie créatrice (l’élan, le lâcher prise) et l’instinct excessif de conservation du moi (rien ne doit en déranger les contours, tout changement est perçu comme une menace), on peut aboutir à une volonté de contrôle absolu. La nouveauté, c’est que, après les hommes, aujourd’hui, de plus en plus de femmes deviennent des « control freaks ». Plus on occupe des fonctions élevées, plus on est exposé(e) socialement ou médiatiquement, plus on risque de devenir obsédé(e) du contrôle. »

* Auteur de « Les Femmes de pouvoir, des hommes comme les autres ? » (Editions du Seuil)

Un syndrome de notre époque

Autant dire que, par les temps qui courent, rares sont les bienheureux (ses) qui échappent à ce besoin de tout maîtriser. D’ailleurs, l’un des best-sellers en 2008 aux Etats-Unis a été « The Control Freak Revolution », écrit par la consultante Cheryl Cran. Son message : « Les control freaks qui se maîtrisent font des boss épatants ». Succès fracassant. Syndrome de notre époque, vouée à la performance et à la prévision ?

« Sans aucun doute, répond le psychanalyste Jean-Pierre Winter. Plus une civilisation est organisée, plus elle s’appuie sur le contrôle et suggère aux individus de s’auto-discipliner. La société est en train de prendre la place de notre surmoi, cette instance du psychisme, formée d’interdits qui nous culpabilisent et nous indiquent ce qu’il convient de faire. » D’où des comportements aliénants, des rituels obsessionnels (« Si je ne fais pas ma liste de tâches chaque matin, ma journée est fichue », « Si j’avale ce rocher praliné, mon régime est foutu », « Si on ne fait pas l’amour trois fois cette semaine, mon couple va sombrer », etc.) visant à refouler nos désirs, sources de désordre.

De là à penser que l’obsession du contrôle est la nouvelle pathologie du siècle, comme l’hystérie était celle du XIXe et la dépression celle du XXe, il n’y a qu’un pas.

« Nous avons intégré comme une donnée normalisée le fait que notre environnement nous observe pour nous protéger, des autres comme de nous-mêmes », poursuit Jean-Pierre Winter. Or, comme le souligne Sophie Cadalen, « le control freak est très dépendant du regard de l’autre. Même s’il se place tout naturellement comme supérieur, ce qui ne lui accorde aucun droit à l’erreur. En fait, il croit tout contrôler, mais il agit contre sa propre liberté, en s’enfermant dans un rôle. » Lequel ? Tout dépend de qui l’on est : Angelina, Madonna, Rachida, Jennifer, Hillary, Britney, Victoria, à chacune sa famille de control freak. Qui sait, peut être trouverez-vous la vôtre ?

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Illustration : photo de Mudita, dans le jardin